CONAKRY – La Guinée a officiellement lancé, ce lundi 5 octobre 2026, les travaux de la première session ordinaire de la 10ᵉ législature, au Palais du Peuple à Conakry. Parmi les personnalités présentes à cette rentrée parlementaire figurait Elhadj Malick Ndiaye, premier vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal.
Prenant la parole au nom du Parlement sénégalais et de son président, Ousmane Sonko, le responsable parlementaire a livré un message axé sur la fraternité entre les peuples sénégalais et guinéen, la coopération parlementaire et la nécessité de préserver les liens historiques qui unissent les deux pays.
Dans un contexte marqué par des tensions et des discours de rejet visant parfois les ressortissants étrangers sur les réseaux sociaux et dans l’espace public, Elhadj Malick Ndiaye a appelé à ne pas laisser les difficultés économiques et sociales alimenter la xénophobie.
« C’est au nom de l’Assemblée nationale du Sénégal et de son président, Ousmane Sonko, que j’ai l’honneur de prendre la parole dans cette enceinte », a-t-il déclaré, avant de transmettre au peuple guinéen les salutations fraternelles et les vœux de paix, de prospérité et de réussite du peuple sénégalais.
Le premier vice-président de l’Assemblée nationale sénégalaise a également adressé ses félicitations à la Guinée à l’occasion du 68ᵉ anniversaire de son indépendance, célébré le 2 octobre dernier, tout en formulant des vœux de succès pour le programme Simandou 2040.
Une communauté de destin entre les deux peuples
Pour Elhadj Malick Ndiaye, les relations entre la Guinée et le Sénégal dépassent largement le cadre d’une simple relation de voisinage. « Entre le Sénégal et la Guinée, il existe bien davantage qu’une relation de voisinage. Il existe une communauté de destin forgée par l’histoire, la culture et une fraternité humaine qui traverse les générations », a-t-il souligné.
Il a ainsi invité les deux parlements à renforcer leur coopération afin de consolider les relations entre les deux peuples et de faire de l’intégration africaine une réalité concrète. « L’intégration africaine doit entrer dans nos lois, nos budgets, nos politiques publiques et surtout dans la vie quotidienne de nos populations », a-t-il insisté.
Selon lui, l’efficacité de l’action parlementaire doit avant tout être mesurée à l’aune de ses effets sur la vie quotidienne des citoyens. « Ce que nos concitoyens attendent, c’est que la loi votée dans cette salle trouve son chemin vers l’école, vers le centre de santé, vers le quartier, vers le marché, vers l’emploi », a-t-il déclaré.
Contre les discours de rejet et de xénophobie
Le responsable parlementaire sénégalais a ensuite abordé la question sensible des discours de rejet visant les ressortissants des deux pays. S’appuyant sur une sagesse africaine selon laquelle « un seul doigt ne peut ramasser un caillou », il a rappelé l’étroitesse des liens humains, familiaux, économiques et culturels entre Sénégalais et Guinéens. « Nos deux pays sont liés par des familles, le commerce, les études, les voyages et le travail. Cette fraternité est un patrimoine que nous devons protéger », a-t-il affirmé.
Pour lui, les difficultés économiques ou sociales ne sauraient justifier la stigmatisation d’un peuple par un autre. « Les discours de rejet, de stigmatisation ou de xénophobie n’ont leur place ni entre Sénégalais et Guinéens, ni dans l’Afrique que nous voulons bâtir », a-t-il martelé.
Tout en défendant l’hospitalité et la fraternité entre les deux peuples, Elhadj Malick Ndiaye a toutefois insisté sur le respect des lois et de la souveraineté de chaque État. « La fraternité ne signifie toutefois pas l’absence de règles. Chaque État est souverain et chacun doit respecter les lois du pays dans lequel il vit, travaille ou entreprend », a-t-il précisé. Il a ainsi appelé à concilier ouverture et responsabilité : « Nous pouvons défendre l’hospitalité et exiger la responsabilité, préserver la fraternité et respecter nos souverainetés. »
« Notre frontière doit rester un trait d’union »
Dans son plaidoyer, le premier vice-président de l’Assemblée nationale du Sénégal a livré une formule forte appelée à résumer l’esprit de son intervention : « Notre frontière doit rester un trait d’union, jamais une ligne de fracture. »
Pour lui, les parlements ont un rôle important à jouer dans la prévention des incompréhensions et dans la consolidation des relations entre les peuples. Cette coopération doit, selon lui, dépasser les rencontres protocolaires pour déboucher sur des initiatives concrètes en faveur des populations. « Le Sénégal n’apporte pas une leçon à la Guinée, mais partage un même chantier avec elle et avec beaucoup de parlements africains », a-t-il déclaré.
Du panafricanisme des discours au panafricanisme de l’action
Elhadj Malick Ndiaye a également plaidé pour un panafricanisme davantage tourné vers l’action. « Notre génération doit faire passer le panafricanisme de l’espérance à l’action, du discours aux institutions et de la fraternité proclamée à la fraternité vécue », a-t-il soutenu.
Il a par ailleurs insisté sur la nécessité pour les parlements africains de renforcer le contrôle de l’action publique et d’évaluer concrètement les résultats des politiques adoptées. Dans cette perspective, il a rejoint l’appel formulé plus tôt par le président de l’Assemblée nationale guinéenne, Dr Dansa Kourouma, en faveur d’un passage du simple contrôle politique à un contrôle de la performance.
Pour le responsable sénégalais, une législature ne doit pas être jugée uniquement à travers ses cérémonies, ses débats ou le nombre de lois adoptées, mais à travers les changements qu’elle produit dans la vie des citoyens. « Une législature commence véritablement lorsque les cérémonies s’achèvent et que le citoyen demande à son député : qu’est-ce qui a changé ? », a-t-il conclu.
Un message qui résonne particulièrement dans le contexte de l’ouverture de cette 10ᵉ législature guinéenne, appelée à transformer les engagements institutionnels en résultats concrets, tout en consolidant les relations de fraternité et de coopération avec les pays voisins.
Rédaction Investigatorguinee
Comments are closed.