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Le maad, un fruit sauvage qui régale le Sénégal

Dans le tohu-bohu d’un marché dans la banlieue de Dakar, des hommes déchargent trois camions de 60 tonnes qui obstruent la chaussée le temps de livrer leur cargaison de maad, un fruit délicat et recherché.

Sandika, à Pikine, est le plus grand marché aux fruits du Sénégal. Il est le passage obligé du maad, la star du moment. De là, le fruit est redistribué un peu partout dans la capitale et à l’intérieur du pays où hommes et femmes, jeunes et vieux se délectent de sa pulpe jaune juteuse, acidulée et sucrée.

La saison dure quatre mois, de mai à août. Le fruit est fragile et il faut faire vite. Parmi les travailleurs qui triment dans la chaleur autour des camions, certains trient les fruits selon leur état, d’autres en remplissent des paniers, les derniers les déversent en tas à même le sol.

« Le déchargement sera fini avant la fin de la journée », assure Dame Sarr, un des propriétaires de la marchandise. Le jeune commerçant et son oncle ont investi six millions de francs CFA (9 130 euros) dans le chargement. Ils espèrent un bénéfice de 700 000 francs CFA (1 062 euros).

Alentour, le maad est sur presque tous les étals. Le fruit du Saba Senegalensis, dont la coque globuleuse contient des graines enrobées de la chair comestible, pousse sur des lianes sauvages en Afrique de l’Ouest. Le maad est connu sous d’autres noms en Côte d’Ivoire, au Mali ou en Guinée.

Il est spécialement populaire au Sénégal. On le vend à presque chaque coin de rue à Dakar. On le consomme accommodé avec du sel, du sucre ou du piment. Certains ont créé leur propre marque qu’ils promeuvent sur les réseaux sociaux. Il est une source locale de revenus pour ceux qui le récoltent, le transportent, le revendent ou le transforment.

Le maad est riche en fibres et en vitamines, dit Ndeye Khady Dia, nutritionniste. Elle déconseille d’avaler les noyaux difficiles à digérer et met en garde contre le risque d’étouffement chez les enfants.

Quelques clientes se pressent autour de l’étal de Dame Sarr, seau ou bassine en main. « Les clients sont au rendez-vous aujourd’hui et c’est tant mieux pour moi. Si je n’écoule pas toute la marchandise, je serai obligé de casser le prix demain car chaque jour qui passe le maad perd un peu de sa qualité », explique-t-il, assis sous une tente parasol de fortune.

Dame, 28 ans, a séparé sa marchandise entre les plus beaux spécimens, qu’il vend au moins à 4 200 francs CFA (six euros) le seau de 40 fruits, et les autres, qu’il cède à 2 200 francs CFA (3 euros). Le carton de 20 kg, lui, peut coûter de 20 000 à 25 000 francs CFA (30 à 38 euros).

« Le maad est un investissement à gros risque. Il ne supporte ni le soleil ni la pluie, et son transport est périlleux », avertit Djiby Sandika, délégué de marché et vendeur. « Il profite plus aux petits revendeurs qui font de gros bénéfices », assure Dame Sarr.

Le maad sénégalais vient de Casamance (sud), où il se développe sur des lianes qui s’enroulent autour de grands arbres de forêts denses et qui servent de repaires aux serpents. La cueillette est libre, et se fait à la main ou à l’aide de longs bâtons.

Selon l’ONG Économie, territoire, développement et service (ETDS), qui réunit 55 groupements de femmes pour la valorisation des produits locaux, près de 1 500 tonnes de maad sont récoltées chaque année dans les régions de ZiguinchorKédougou et Kolda. Cette quantité ne représente que 30% du potentiel en raison de l’inaccessibilité de certaines zones, assure Mariama Diémé, chargé du projet de labellisation du maad de Casamance.

Ces femmes achètent puis transforment le fruit en confiture, jus ou sirop. Une partie de la production est exportée. Interrogée au téléphone par l’AFP, Fatou Binetou Ndour, Sénégalaise résidant à Paris, dit acheter le pot de 300 grammes 25 euros auprès d’un vendeur sur Instagram.

La ressource, cependant, est menacée, avertit Mme Diémé, en raison d’une « surexploitation », et de « nombreux feux de brousse » en Casamance.

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