Afrikinfomedias
Afrikinfomedias est un groupe de médias ( Radio et TV) basée en Guinée à vocation panafricaine.

Les Tigréens accusent Addis-Abeba d’avoir lancé une offensive conjointe avec l’Érythrée

En Éthiopie, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) accuse désormais Addis-Abeba d’avoir lancé une offensive conjointe avec l’Érythrée. Il s’agirait de la première implication directe de l’Érythrée, depuis la reprise des combats le 24 août.

Le commandant militaire du TPLF accuse les forces éthiopiennes et érythréennes d’avoir entamé « une guerre totale contre le Tigré », rapporte notre correspondante à Nairobi, Florence Morice. L’offensive aurait été lancée, selon lui dans la nuit, vers 4h30 du matin. Les deux armées auraient attaqué depuis l’Érythrée sur quatre fronts de la région d’Adiyabo, dans la région nord-ouest du Tigré, affirme Getachew Reda, le porte-parole du TPLF.

Cette zone était déjà au centre de la guerre frontalière entre les deux parties en 1998. Plusieurs sources diplomatiques à Addis Abeba confirment l’ouverture de ce nouveau front. Par ailleurs, de larges mouvements de troupe avaient été observées du coté érythréen de la frontière ces derniers jours. Le mode opératoire rappelle la première phase de la guerre en 2020, lorsque les deux alliés avaient pénétrés au sein du Tigré par l’Erythrée, souligne notre correspondant à Addis Abeba, Noé Hochet-Bodin.

Le gouvernement éthiopien n’a pas répondu à cette accusation. Dans un communiqué publié ce jeudi matin, Addis-Abeba se contente d’affirmer que son armée agit en position défensive, contre les attaques des Tigréens qui se seraient intensifiées. Dans ce qui ressemble à une admission de l’attaque, l’ambassadeur érythréen au Kenya a quant à lui déclaré que le parti tigréen TPLF « n’aura pas l’occasion de reproduire des erreurs car sa fin est proche ».

Le retour des Érythréens dans le conflit ?

Les Érythréens ont déjà joué un rôle majeur dans cette guerre, ils ont notamment contribué à l’offensive qui avait permis il y a presque deux ans à l’armée éthiopienne de prendre le dessus sur le Tigré, même si Abiy Ahmed, le Premier ministre, avait attendu mai 2021 pour reconnaître leur présence.

Ces soldats érythréens sont par ailleurs accusés d’avoir commis de multiples exactions. Leur retour sur le terrain éthiopien constituerait une nouvelle escalade importante à l’échelle de cette guerre qui a repris il y a huit jours.

Si cette nouvelle offensive dans le nord est confirmée, cela signifie aussi que les combats se dérouleraient désormais sur trois fronts : le sud du Tigré où ils ont débuté, le nord et l’ouest où les deux camps accusent depuis mercredi d’avoir relancé les hostilités.

Face à la situation, les appels au calme adressés aux deux parties se multiplient. Jeudi, le gouvernement britannique s’est alarmé de voir l’Ethiopie plonger à nouveau dans un conflit à grande échelle. Londres qualifie de « catastrophique », la reprise des combats et demande aux « forces tigréennes de cesser de combattre en Amhara », aux « forces érythréennes de quitter le Tigré » et à toutes les parties « d’entamer immédiatement des négociations politiques ».

Mais Addis Abeba ne semble pas apprécier la succession de ces appels au calme et l’a fait savoir jeudi dans un communiqué. « La rhétorique des deux camps » et les déclarations qui mettent sur le même plan « le gouvernement » et « une clique belligérante » sont « inacceptables », estime le gouvernement éthiopien.

Un changement de ton notable, alors que ces derniers mois le pouvoir fédéral éthiopien avait adouci son discours, et semblait plutôt engagé dans une opération de reconquête de ses partenaires occidentaux dans l’espoir notamment d’obtenir le dégel des aides budgétaires bloquées en raison de cette guerre.

L’escalade sur le terrain s’accompagne également d’une escalade verbale. Dans leurs déclarations, plusieurs officiels qualifient de nouveau les combattants tigréens de « terroristes » qui menaceraient l’intégrité de l’Ethiopie, Une rhétorique qui rappelle les pires heures du conflit.

rfi

Comments are closed.