Guinée : élections régionales et sénatoriales, Ibrahima M’Bemba Bah du Bloc Libéral porte une analyse sur les incohérences du calendrier électoral
La prorogation du délai de dépôt des candidatures aux élections sénatoriales, annoncée dans la nuit du jeudi 29 au vendredi 30 octobre 2026 par la Direction générale des élections (DGE), relance le débat sur le respect du calendrier électoral en Guinée. Pour Ibrahima M’Bemba Bah, vice-président chargé de la visibilité et des nouvelles technologies de l’information et de la communication du Bloc Libéral, les difficultés rencontrées étaient prévisibles. Selon lui, le calendrier initial des élections régionales et sénatoriales ne tenait pas suffisamment compte des délais prescrits par le Code électoral.
Dans un décret diffusé le 12 octobre dernier, le président Mamadi Doumbouya avait fixé les élections régionales au 29 novembre et le renouvellement des deux tiers des membres du Sénat au 20 décembre 2026. Mais cette programmation soulevait déjà plusieurs interrogations juridiques, notamment sur le respect des délais de candidature et les conditions de constitution du collège électoral chargé d’élire les sénateurs.
Le premier problème concerne les élections régionales. L’article 212 du Code électoral prévoit que ce scrutin doit se tenir au plus tard 60 jours après le renouvellement des conseils communaux. Or, selon les informations communiquées à l’époque par le ministre de l’Administration du territoire, les derniers conseils communaux ont été installés le 4 juillet 2026. L’échéance légale se situait donc au début du mois de septembre, alors que le scrutin avait été programmé pour le 29 novembre.
À cette difficulté s’ajoute le délai de dépôt des candidatures. L’article 217 du Code électoral exige que les dossiers soient déposés au moins 45 jours avant le scrutin. Pour une élection prévue le 29 novembre, la date limite était ainsi fixée au 15 octobre. Les candidats et les formations politiques ne disposaient donc que de trois jours après l’annonce du calendrier pour constituer et déposer leurs dossiers. Une contrainte qui posait déjà la question de la capacité de la DGE à conduire le processus dans le strict respect des dispositions légales.
Mais c’est surtout l’organisation des élections sénatoriales qui soulève une difficulté institutionnelle majeure. Prévues le 20 décembre, elles devaient intervenir seulement 21 jours après les élections régionales. Or, conformément à l’article 110 de la Constitution et à l’article 182 du Code électoral, les deux tiers des membres du Sénat sont élus par un collège électoral composé des conseillers régionaux et communaux.
Cette disposition implique nécessairement que les conseils régionaux soient installés avant la constitution effective du collège électoral. Pourtant, après les élections régionales, plusieurs étapes restent indispensables : la centralisation des résultats, leur proclamation provisoire, l’examen des éventuels recours et la proclamation définitive.
Au regard des délais prévus par le Code électoral, la proclamation définitive pourrait intervenir au plus tôt autour du 12 décembre. L’article 214 prévoit ensuite que la session d’installation des conseils régionaux doit être convoquée au plus tard 15 jours après cette proclamation.
Dès lors, une interrogation s’impose : les conseillers régionaux auraient-ils pu être installés avant le scrutin sénatorial du 20 décembre ? Et, dans le cas contraire, comment le collège électoral aurait-il pu être constitué conformément aux exigences constitutionnelles et électorales ?
C’est précisément cette succession de contraintes qu’Ibrahima M’Bemba Bah met en avant pour justifier la nécessité d’un réaménagement du calendrier. (Pour le responsable du Bloc Libéral, le maintien des dates initialement annoncées aurait exposé le processus électoral à des difficultés d’application, dans la mesure où les délais légaux et les différentes étapes de mise en place des institutions n’étaient pas suffisamment pris en compte.)
La décision de la DGE de proroger jusqu’au 31 octobre le délai de dépôt des candidatures sénatoriales constitue ainsi un nouvel ajustement dans la conduite du processus. Elle intervient dans un contexte où la conformité du calendrier électoral aux textes en vigueur demeure au centre des préoccupations.
Au-delà de cette prorogation, les observations soulevées par le vice-président du Bloc Libéral posent une question essentielle : celle de la primauté des dispositions constitutionnelles et électorales dans la conduite du processus de renouvellement des institutions en Guinée.
Hawa Kéita pour Investigatorguinee
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