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SOMMET RUSSIE–AFRIQUE : MORISSANDA KOUYATÉ JUSTIFIE L’ABSENCE DE MAMADI DOUMBOUYA ET DÉFEND LA PRIORITÉ NATIONALE

 

Le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Dr Morissanda Kouyaté, conduit la délégation guinéenne au troisième sommet Russie–Afrique, organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026. Face à la communauté guinéenne établie en Russie, il a expliqué l’absence du président Mamadi Doumbouya par la priorité accordée aux dossiers intérieurs, tout en assurant que cette décision ne traduit aucun désintérêt pour les relations internationales.

Arrivé à Moscou le lundi 26 octobre, le chef de la diplomatie guinéenne a été accueilli par les représentants diplomatiques guinéens et des membres de la communauté nationale résidant en Russie. Lors de ses échanges avec ses compatriotes, Morissanda Kouyaté a évoqué les raisons de l’absence du chef de l’État guinéen à cette rencontre internationale.

Selon le ministre, Mamadi Doumbouya devait prendre part au sommet, mais a finalement privilégié les dossiers nationaux. Il a expliqué que le président entend concentrer ses efforts sur la lutte contre la pauvreté, le rassemblement des Guinéens et la sortie du pays du sous-développement. Lorsque les priorités nationales entrent en concurrence avec les obligations internationales, a-t-il résumé, le chef de l’État choisit de s’occuper d’abord des préoccupations intérieures, sans pour autant minimiser l’importance des relations avec les partenaires étrangers.

Cette justification intervient dans un contexte où la présence des dirigeants aux grands rendez-vous diplomatiques constitue souvent un signal politique. L’absence de Mamadi Doumbouya pourrait susciter des interrogations sur le niveau de représentation de la Guinée, mais la participation du ministre des Affaires étrangères permet à Conakry de maintenir sa présence institutionnelle et ses échanges avec les partenaires internationaux.

Un sommet stratégique pour les relations entre Moscou et l’Afrique

Le troisième sommet Russie–Afrique se tient dans un contexte international marqué par les recompositions géopolitiques, la concurrence entre puissances et la recherche, par les États africains, de partenariats diversifiés. La rencontre réunit des représentants de 48 pays africains sur les 54 que compte le continent. Selon les annonces précédant l’événement, 22 pays devaient être représentés par leur chef d’État.

Les travaux s’articulent autour de plusieurs enjeux majeurs : le commerce, les investissements, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, la sécurité alimentaire, les sciences, les technologies, l’éducation et la coopération humanitaire. Moscou entend consolider sa présence économique et diplomatique en Afrique, tandis que les gouvernements africains cherchent à diversifier leurs sources de financement, leurs partenaires commerciaux et leurs coopérations stratégiques.

Le sommet est coprésidé par le président russe Vladimir Poutine et le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine. Il s’inscrit dans la continuité des précédentes rencontres organisées à Sotchi en 2019 et à Saint-Pétersbourg en 2023.

Des dirigeants africains à Moscou

Plusieurs dirigeants africains figurent parmi les personnalités annoncées ou programmées dans le cadre du sommet et des rencontres bilatérales organisées en marge des travaux. Parmi eux figurent notamment le président burundais Évariste Ndayishimiye, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, le président mozambicain Daniel Chapo, le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo et le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso.

Les annonces relatives aux rencontres bilatérales mentionnent également le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, et le président rwandais, Paul Kagame. D’autres délégations sont attendues ou annoncées en provenance notamment de Madagascar, du Zimbabwe, de la Namibie, du Soudan, du Ghana, du Mali, de la Mauritanie, du Soudan du Sud, de la République centrafricaine, du Togo, de l’Érythrée, de la Somalie, des Comores et du Nigeria.

La participation annoncée de ces pays illustre l’intérêt porté à cette plateforme diplomatique. Toutefois, les annonces de présence et les programmes de rencontres ne signifient pas nécessairement que tous les dirigeants cités ont participé à chacune des séquences du sommet.

Commerce, énergie et sécurité alimentaire au cœur des discussions

Au-delà des déclarations politiques, les retombées économiques constituent l’un des principaux enjeux de cette rencontre. Les échanges commerciaux entre la Russie et les pays africains ont dépassé les 27 milliards de dollars en 2025, contre environ 16,8 milliards de dollars en 2019, selon les chiffres évoqués avant le sommet.

L’énergie occupe une place importante dans les discussions, qu’il s’agisse du nucléaire civil, des hydrocarbures, des énergies renouvelables ou de l’exploitation des ressources minières. Le projet de centrale nucléaire d’El-Dabaa, en Égypte, développé avec la participation de l’entreprise russe Rosatom, illustre cette coopération.

La sécurité alimentaire figure également parmi les priorités. La Russie est un fournisseur important de céréales et d’engrais pour plusieurs pays africains. Après le sommet de 2023, Moscou avait annoncé des livraisons gratuites de céréales à six pays du continent : le Burkina Faso, le Zimbabwe, le Mali, la Somalie, la République centrafricaine et l’Érythrée.

Les discussions de Moscou devraient aussi porter sur la mise en œuvre de nouveaux accords intergouvernementaux, l’adoption d’une déclaration finale et la préparation d’un plan d’action du partenariat Russie–Afrique pour la période 2027-2029. La coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle et des technologies civiles figure également parmi les sujets annoncés.

Entre opportunités économiques et équilibres géopolitiques

Pour les États africains, le défi consiste à transformer les annonces diplomatiques en résultats concrets : investissements productifs, transfert de compétences, création d’emplois, infrastructures durables et accès plus avantageux aux marchés. La diversification des partenariats peut renforcer leur marge de manœuvre, à condition que les accords conclus répondent aux priorités nationales et préservent leur capacité de décision.

Pour Moscou, le sommet représente une occasion de consolider ses relations avec le continent, de développer ses débouchés commerciaux et de renforcer son influence dans un environnement international marqué par les tensions avec les puissances occidentales. La coopération sécuritaire, les ressources naturelles et l’accès aux marchés constituent également des dimensions importantes de cette relation.

Cette dynamique pose néanmoins une question centrale : comment garantir que le partenariat profite durablement aux économies africaines ? Au-delà des déclarations d’amitié et des convergences politiques, les résultats devront être évalués à partir des engagements effectivement financés, des projets réalisés et des bénéfices pour les populations.

La Guinée face à ses priorités nationales

La présence de Dr. Morissanda Kouyaté à Moscou permet à la Guinée de prendre part aux échanges diplomatiques, de rencontrer des partenaires et de suivre les discussions portant sur les secteurs stratégiques. Elle offre également à Conakry une occasion de défendre ses intérêts dans un environnement où les États africains cherchent à attirer davantage d’investissements et à élargir leurs possibilités de coopération.

L’absence du président Mamadi Doumbouya soulève toutefois une interrogation sur l’équilibre entre la gestion des priorités nationales et la représentation du pays dans les grandes enceintes internationales. Le choix expliqué par le ministre met en avant la volonté de concentrer l’action présidentielle sur les défis intérieurs. Son appréciation définitive dépendra cependant des résultats obtenus sur le terrain, notamment en matière de lutte contre la pauvreté, de développement économique et d’amélioration des conditions de vie.

À Moscou, le sommet Russie–Afrique dépasse ainsi le simple cadre protocolaire. Il constitue un test pour les ambitions russes sur le continent, mais aussi pour la capacité des États africains à négocier des partenariats équilibrés, fondés sur des intérêts réciproques et des résultats mesurables. Pour la Guinée, l’enjeu est de faire en sorte que sa participation diplomatique se traduise par des perspectives concrètes, en cohérence avec les priorités nationales défendues par les autorités.

Nfaly Guilavogui pour Investigatorguinee

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