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Grâce présidentielle, Kassory, Damaro, Sidya Touré, Simandou 2040… : les grandes annonces de la Présidence

CONAKRY — Grâce présidentielle accordée à 529 condamnés, évacuations sanitaires d’anciens hauts responsables, hommage à Sidya Touré, ambitions économiques autour de Simandou 2040, déclassement de terres à Wanindara et investissements dans l’eau potable : la conférence de presse conjointe des porte-parole de la Présidence et du Gouvernement, organisée lundi 19 octobre 2026 à Conakry, a abordé plusieurs dossiers majeurs de l’actualité guinéenne. Le général Amara Camara et Faya François Bourouno ont défendu les orientations des autorités, entre considérations humanitaires, maintien des décisions judiciaires et ambitions de développement.

Grâce présidentielle : « La grâce n’est pas un oubli »

La mesure de clémence accordée par le président Mamadi Doumbouya à 529 condamnés à l’occasion de la fête de l’indépendance a occupé une place centrale dans les échanges avec les journalistes. Face aux interrogations suscitées par cette décision, le général Amara Camara, ministre secrétaire général et porte-parole de la Présidence, a tenu à préciser que la grâce présidentielle ne signifie ni l’effacement des condamnations ni la suppression des droits des victimes.

« La grâce présidentielle ne remet en cause ni les décisions de justice, ni les droits des victimes, notamment en matière de réparation », a-t-il déclaré, selon le compte rendu d’Africa Guinee.

Le responsable de la Présidence a qualifié cette mesure d’« acte d’humanité fort », tout en insistant sur la nécessité d’un encadrement des bénéficiaires après leur sortie de prison.

« La grâce n’est pas un oubli », a-t-il martelé, présentant la décision présidentielle comme une « clémence responsable ».

Selon les explications fournies, l’article 2 des deux décrets concernés subordonne le bénéfice de la grâce à l’accomplissement d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion.

Trois objectifs sont assignés à ce dispositif : accompagner les anciens détenus au moment de leur libération, renforcer leur apprentissage de la citoyenneté et préparer leur réintégration sociale et professionnelle.

« La sortie de prison est un moment de grande fragilité. À leur libération, les personnes manquent souvent de repères et de ressources, et les familles ne sont pas toujours prêtes à les accueillir », a expliqué le général Amara Camara. Il a également souligné que « la citoyenneté s’apprend tout au long de la vie, mais elle peut aussi se réapprendre ».

À l’issue du parcours, une attestation doit permettre de certifier que le bénéficiaire a franchi cette étape avec succès. Les modalités précises d’évaluation et de suivi des personnes concernées restent toutefois des éléments importants pour apprécier l’efficacité du dispositif.

Le cas Aliou Bah : la portée de la grâce en question

La question de la grâce présidentielle intéresse particulièrement les observateurs en raison du cas d’Aliou Bah, président du parti MoDeL, dont la libération avait déjà suscité des réactions politiques. La clarification apportée par le porte-parole de la Présidence vise à rappeler la distinction entre la mesure de clémence décidée par le chef de l’État et les décisions rendues par les juridictions.

Sur le plan juridique, la grâce présidentielle concerne l’exécution de la peine dans les limites fixées par les textes applicables. Elle ne doit pas être confondue avec une annulation de condamnation ou une déclaration d’innocence.

Pour les victimes, le rappel du maintien des droits à réparation constitue un autre élément important du discours officiel. Il reste néanmoins nécessaire de se référer aux décrets concernés et à la situation judiciaire propre à chaque bénéficiaire pour déterminer les effets exacts de la mesure.

Kassory Fofana et Damaro Camara : des évacuations sanitaires qui ne valent pas grâce

Autre sujet abordé : les évacuations sanitaires à l’étranger de l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et de l’ancien président de l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara.

Ces deux anciens hauts responsables, concernés par des procédures judiciaires devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), avaient été autorisés à quitter le territoire pour recevoir des soins médicaux.

Le général Amara Camara a rappelé que ces autorisations relèvent de considérations médicales et humanitaires et ne constituent ni une grâce ni une amnistie.

Cette position rejoint la déclaration faite par Mamadi Doumbouya le 19 septembre 2026, dans laquelle le chef de l’État avait affirmé que les décisions judiciaires concernant les deux hommes conservaient leur autorité.

L’enjeu, selon les explications rapportées, est de concilier le respect des décisions de justice avec le droit aux soins, sans établir de privilège fondé sur les anciennes fonctions des personnes concernées.

La question demeure sensible dans l’opinion publique, notamment en raison des débats sur l’égalité devant la justice et le traitement réservé aux anciens responsables publics.

Décès de Sidya Touré : la Présidence appelle à la retenue

La conférence a également permis à la Présidence de s’exprimer sur la disparition de Sidya Touré, ancien Premier ministre et figure majeure de la vie politique guinéenne, décédé à Paris le 25 septembre 2026.

Le général Amara Camara a rappelé que le défunt avait dirigé le gouvernement guinéen de 1996 à 1999 et exercé les fonctions de député.

Face aux controverses et aux réactions suscitées par sa disparition, le porte-parole a appelé à l’apaisement et au respect de sa mémoire.

« Nous ne voulons pas que ces sujets continuent à être entretenus », a-t-il déclaré, selon les propos rapportés par Mediaguinée.

Il a invité les Guinéens à privilégier le recueillement et les prières pour le repos de l’âme de l’ancien chef du gouvernement.

« Il a servi ce pays, il a aimé ce pays », a-t-il également affirmé, en évoquant le parcours de Sidya Touré.

Cet hommage intervient dans un contexte où la disparition de cette personnalité politique continue de susciter des réactions. L’appel officiel à la retenue vise à recentrer le débat sur sa mémoire et son parcours au service de l’État.

Simandou 2040 : transformation économique et ambitions de croissance

Le programme Simandou 2040 figure également parmi les dossiers évoqués au cours de cette rencontre. Les autorités entendent faire de l’exploitation des ressources minières un levier de transformation économique, au-delà de la seule exportation des matières premières.

L’objectif affiché consiste notamment à développer la transformation locale, créer des emplois, renforcer les compétences nationales et financer des infrastructures susceptibles de soutenir le développement du pays.

Dans les comptes rendus de la conférence, le général Amara Camara a également mis en avant les perspectives économiques associées à cette dynamique. Il a évoqué la possibilité d’une croissance économique d’au moins 10 % en 2028, si la tendance actuelle se poursuit.

Il s’agit d’une projection annoncée par le porte-parole, et non d’un résultat déjà acquis. Sa concrétisation dépendra notamment du rythme des investissements, des retombées du secteur minier, du développement des activités industrielles et de la capacité de l’économie à créer des emplois durables.

La question du contenu local demeure, dans cette perspective, essentielle : les entreprises guinéennes, les travailleurs nationaux et les compétences locales doivent pouvoir bénéficier des opportunités générées par les grands projets.

Les autorités ont également mis en avant l’enjeu de la réutilisation des équipements mobilisés pour le projet Simandou, afin de prolonger les retombées économiques des investissements réalisés.

Le défi consiste désormais à traduire les ambitions du programme en résultats mesurables pour les populations : emplois, infrastructures, services publics et diversification de l’économie.

Wanindara : plus de 38 hectares concernés par le déclassement foncier

Le dossier foncier de Wanindara a aussi été abordé lors de la conférence de presse.

La décision de déclassement concerne plus de 38 hectares de terres dans cette zone de Conakry, auparavant considérée comme une réserve foncière de l’État.

Cette décision est présentée par les autorités comme une réponse aux préoccupations de populations confrontées depuis plusieurs années à des incertitudes concernant leurs terrains et leurs habitations.

Le déclassement d’une réserve foncière modifie son statut administratif, mais ne suffit pas, à lui seul, à établir automatiquement les droits de propriété de chaque occupant. Les modalités de régularisation, les limites exactes des parcelles et les garanties juridiques applicables restent donc déterminantes.

Pour les habitants concernés, l’attente porte sur la sécurisation effective de leur patrimoine. Pour l’administration, l’enjeu est de mettre en œuvre la décision dans des conditions transparentes et conformes aux textes en vigueur.

Eau potable : plus de 600 millions d’euros annoncés pour les infrastructures

Au cours de la même conférence, le porte-parole du Gouvernement, Faya François Bourouno, a abordé les questions environnementales et l’accès à l’eau potable.

Un programme d’investissement de plus de 600 millions d’euros a été annoncé pour renforcer les infrastructures d’approvisionnement en eau.

Le dispositif présenté prévoit notamment la remise en état de 13 stations de traitement d’eau potable à Conakry, la mise en place de 23 stations dans 16 autres villes et la réalisation de 1 600 points d’eau.

Ces annonces interviennent dans un contexte où l’accès régulier à l’eau potable demeure une préoccupation pour de nombreux ménages. Leur portée dépendra de la mobilisation effective des financements, du calendrier d’exécution des travaux et de la capacité des infrastructures à assurer un approvisionnement fiable et durable.

La réalisation de ces investissements devra également s’accompagner d’un dispositif de maintenance et de gestion permettant de préserver les équipements au-delà de leur mise en service.

Sachets plastiques : un moratoire de six mois pour préparer la transition

La lutte contre les déchets plastiques à usage unique a constitué un autre volet des échanges.

Faya François Bourouno a expliqué que l’interdiction des sachets plastiques s’inscrit, selon le Gouvernement, dans une politique publique visant à améliorer le cadre de vie et à préserver l’environnement.

Il a notamment déclaré que le décret et les textes d’application associés ne constituaient pas « un simple acte réglementaire », mais « une véritable politique publique dont l’objectif est d’améliorer le cadre et les conditions de vie de la population guinéenne ».

Face aux préoccupations des industriels, importateurs, commerçants et autres acteurs de la filière, les autorités ont annoncé un moratoire de six mois afin de préparer la transition vers des produits de substitution.

Ce délai doit permettre d’élaborer un plan d’action et d’accompagner l’évolution des modes de production et de consommation, notamment vers des emballages alternatifs.

L’application de cette mesure soulève plusieurs enjeux : la disponibilité et le coût des solutions de remplacement, l’accompagnement des entreprises concernées, la préservation des activités économiques et le contrôle effectif de l’interdiction.

L’efficacité de la politique dépendra donc autant de son application que de la capacité des acteurs économiques à s’adapter aux nouvelles exigences.

Jeunesse, souveraineté et unité nationale : les orientations rappelées par la Présidence

La conférence a enfin permis de revenir sur les grandes orientations du discours de Mamadi Doumbouya prononcé à l’occasion de la fête de l’indépendance, le 1er octobre 2026. Le général Amara Camara a présenté ce discours comme une feuille de route articulée autour de plusieurs priorités : la jeunesse, la lutte contre l’émigration clandestine, la transformation locale des ressources, l’ordre public et l’unité nationale.

Les autorités ont notamment appelé les jeunes à rechercher des perspectives d’avenir en Guinée, en mettant en avant les possibilités liées à l’entrepreneuriat et à l’accès au financement.

Sur la transformation économique, l’accent a été mis sur la nécessité de faire bénéficier le pays de ses ressources naturelles par le développement d’activités locales et la création d’emplois.

Le porte-parole a également insisté sur l’ordre et la discipline, rappelant cette formule attribuée au chef de l’État : « Rien de durable ne se bâtit dans le désordre ».

Sur la cohésion nationale, il a défendu une conception inclusive de la République : « La République n’appartient à aucun clan. Elle appartient à tous ses enfants, à toutes les régions, de toutes les confessions, et elle appartient à toutes les sensibilités du pays. »

Ces orientations dessinent les priorités mises en avant par l’exécutif. Leur traduction concrète sera notamment appréciée à travers les opportunités offertes aux jeunes, la création d’emplois, l’amélioration des services publics et la capacité des politiques publiques à répondre aux attentes des différentes composantes de la société.

Entre annonces et résultats attendus

À travers cette conférence de presse, les porte-paroles de la Présidence et du Gouvernement ont abordé des dossiers qui touchent directement à la justice, à la santé, à l’économie, à l’environnement et aux conditions de vie des citoyens.

La grâce présidentielle pose la question de l’équilibre entre clémence, exécution des décisions judiciaires et droits des victimes. Les évacuations sanitaires interrogent la conciliation entre humanité et respect de la justice. Simandou 2040 porte les ambitions de transformation économique, tandis que les projets liés à l’eau potable, à l’environnement et au foncier appellent des résultats concrets sur le terrain. Au-delà des déclarations officielles, les prochains mois permettront d’apprécier l’application des mesures annoncées, la transparence des procédures et leurs effets sur les populations.

Rédaction Investigatorguinee

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