TransGuinéen : 148 km en un peu plus d’une heure, un tunnel de 11,6 km… la Guinée dévoile une nouvelle dimension de Simandou
CONAKRY – Le projet Simandou change progressivement de dimension. Longtemps associé à l’exploitation du minerai de fer et à son acheminement vers la côte, le corridor ferroviaire guinéen s’ouvre désormais à une autre perspective : le transport de voyageurs.
Le lundi 12 octobre 2026, le président de la République, Mamadi Doumbouya, a effectué le voyage inaugural du train de passagers de la Compagnie du TransGuinéen (CTG), sur un parcours de 148 kilomètres entre la cité portuaire de Morébaya et la plateforme ferroviaire de Kassa, dans la localité d’Ouré Kaba, préfecture de Mamou.
Au-delà de la portée symbolique de cette première expédition présidentielle, les caractéristiques techniques du réseau donnent une idée de l’ampleur des infrastructures en construction autour de Simandou. Le convoi inaugural était composé de quatre wagons de voyageurs tractés par la locomotive KOMA, baptisée du nom du village du chef de l’État.
Le trajet, effectué en un peu plus d’une heure selon les informations publiées par la Présidence, a conduit la délégation présidentielle jusqu’à Kassa, avant un retour vers Morébaya assuré par la locomotive SANFINA, portant le nom du village du président du Comité stratégique de Simandou, Djiba Diakité. Le déplacement s’est déroulé en présence de plusieurs responsables de la Présidence, de membres du gouvernement, de représentants du corps diplomatique, d’autorités locales et de dirigeants de la CTG.
L’un des ouvrages les plus remarquables du parcours est le tunnel ferroviaire de 11,6 kilomètres situé dans le secteur de Koriba et Kassa, dans la zone d’Ouré Kaba. Présenté par la Présidence comme le plus long tunnel ferroviaire d’Afrique de l’Ouest, il illustre les défis d’ingénierie associés à la réalisation de ce corridor. La ligne principale comprend également 205 ponts, dont 49 de plus de 500 mètres, 113 compris entre 100 et 500 mètres et 43 mesurant entre 20 et 100 mètres.
Le viaduc de Colomo II, long de 2 115,94 mètres et composé de 64 travées, constitue le plus long ouvrage de ce type sur la ligne, tandis que le viaduc d’Ouré Kaba Kaba se distingue par des piles atteignant 64 mètres de hauteur. Ces données, communiquées par la Présidence, témoignent de la complexité des travaux engagés.
À ces ouvrages s’ajoutent quatre tunnels sur la ligne principale, 1 170 dalots destinés notamment à assurer l’écoulement des eaux, 26 passages à faune, 29 passages supérieurs permettant aux routes de franchir la voie ferrée et 42 ponts-cadres.
L’embranchement secondaire comporte, pour sa part, cinq ponts, un tunnel de 926 mètres, 164 dalots et 60 ponts-cadres. Les équipements de télécommunication et de signalisation comprennent 139 pylônes de 40 mètres sur la ligne principale et 22 pylônes de 45 mètres sur l’embranchement secondaire. L’ensemble constitue un dispositif destiné à soutenir l’exploitation ferroviaire et à accompagner la montée en puissance du corridor logistique de Simandou.
Mais l’enjeu du TransGuinéen ne se limite pas à la performance technique de ses infrastructures. Il réside également dans la capacité du réseau à produire des effets concrets sur la mobilité des populations et l’activité économique des territoires traversés. En reliant les zones minières du sud-est à la façade maritime, le corridor est appelé à faciliter le transport des ressources, tout en ouvrant des perspectives pour les déplacements des personnes et l’acheminement de marchandises non minières. Le développement de cette composante voyageurs pourrait, à terme, contribuer au désenclavement de certaines localités, à la fluidification des échanges commerciaux et à une meilleure connexion entre les territoires.
Cette ambition suppose toutefois des conditions d’exploitation clairement définies. Dans son compte rendu du voyage inaugural, la Présidence précise que l’ouverture au public se fera progressivement et que des gares modernes doivent être aménagées le long du tracé. Les horaires, les tarifs, les conditions d’accès et le calendrier effectif de mise en service restent donc des éléments essentiels pour mesurer la portée réelle de cette nouvelle offre de transport. Le voyage du 12 octobre marque une étape dans le processus de mise en service, mais ne signifie pas, à lui seul, que l’ensemble du réseau est déjà accessible aux voyageurs.
La dimension humaine du projet constitue un autre enjeu. Le 6 octobre 2026, soixante travailleurs guinéens ont été envoyés en Chine pour suivre une formation spécialisée en conduite de train, dans le cadre des efforts de transfert de compétences et de technologies liés au TransGuinéen. Cette initiative, rapportée par le site officiel du programme Simandou 2040, met en évidence l’importance de la formation du personnel national pour accompagner l’exploitation d’un réseau ferroviaire de cette envergure.
La pérennité du projet dépendra non seulement de la qualité des équipements, mais également de la disponibilité de conducteurs qualifiés, de techniciens, de personnels de maintenance et de spécialistes capables d’assurer la sécurité et la continuité du service.
Le TransGuinéen s’inscrit ainsi dans la stratégie plus large portée par le programme Simandou 2040, qui vise à faire des investissements miniers un levier de transformation économique. Pour la Guinée, le défi consiste à convertir les infrastructures construites autour de l’exploitation du fer en outils de développement bénéficiant également aux autres secteurs productifs, notamment l’agriculture, le commerce et les services. La réalisation de cette ambition dépendra de la coordination entre les acteurs publics et privés, de la desserte effective des localités, des coûts de transport et de l’intégration du rail aux autres moyens de déplacement.
Le voyage inaugural de Morébaya à Ouré Kaba donne donc un aperçu concret des possibilités ouvertes par le corridor ferroviaire de Simandou. La prochaine étape sera déterminante : transformer cette démonstration technique en un service régulier, sûr, accessible et économiquement viable pour les populations.
C’est à cette condition que le TransGuinéen pourra dépasser sa vocation minière initiale et contribuer durablement à la modernisation des transports, au désenclavement des territoires et à la diversification de l’économie guinéenne.
Résaction Investigatorguinee
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