Alors que le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) achève à peine de célébrer le 40e anniversaire de l’accession à la présidence de Paul Biya, la crise interne au Social Democratic Front (SDF), longtemps considéré comme le principal parti d’opposition, et l’annonce par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de Maurice Kamto qu’il prendra part « à tous les scrutins à venir », suscitent des interrogations sur la capacité des forces d’opposition à affronter les sénatoriales prévues en 2023, puis la présidentielle, les législatives et les municipales attendues en 2025.
Fini le temps des luttes internes à fleurets mouchetés. Considéré, pendant de longues années depuis le retour au multipartisme, comme le principal parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), dont John Fru Ndi tient les rênes depuis trente-deux ans, est en proie à des convulsions animées par deux camps diamétralement opposés. Début décembre, l’opération de renouvellement des organes de base du parti, en prélude à la tenue d’un congrès, « organe suprême » de cette formation politique, est apparue comme un puissant révélateur d’un profond malaise.
En l’occurrence, la suspension des exécutifs régionaux et leur remplacement provisoire par des « coordinations », chargées de mener à terme un processus censé s’achever au mois d’octobre dernier, ont mis en exergue l’étendue des lignes de clivage qui ont gagné en intensité au fil du temps. « Cette décision du bureau exécutif national du parti a un double objectif : écarter des présidents régionaux, dont la plupart, si ce n’est tous, ne sont pas acquis à Joshua Osih, [le premier vice-président, et candidat malheureux à l’élection présidentielle d’octobre 2018, NDLR] d’une part, et leur substituer des militants qui lui sont redevables, pour ainsi s’assurer de leur soutien au congrès. Plus grave, la direction du parti a nommé dix anglophones pour les dix régions que compte le pays, en ignorant les francophones », condamne Jean Tsomelou, ancien secrétaire général du SDF et membre du « G.27 », un groupe de vingt-sept cadres ayant une longue expérience du parti, et ouvertement opposés à John Fru Ndi.
Deux camps irréconciliables ?
« Le parti, en s’appuyant sur ses textes de base, a voulu résoudre les blocages constatés sur le terrain dans le cadre du renouvellement des organes. Il a donc décidé de désigner des coordinations, confiées à nos vingt élus, qui sont anglophones. La vérité, c’est que nos camarades d’en face, qui ne tiennent plus la base, souhaitent que le congrès se tienne, avant le renouvellement des organes à la base », rétorque Joshua Osih.
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