Sidya Touré inhumé à Abidjan : Cellou Dalein Diallo, Ousmane Kaba, Papa Koly Kourouma et les autorités ivoiriennes lui rendent un ultime hommage
ABIDJAN — La Guinée et la Côte d’Ivoire ont accompagné, ce jeudi 8 octobre 2026, Sidya Touré à sa dernière demeure. L’ancien Premier ministre guinéen, président de l’Union des forces républicaines (UFR) et figure majeure de l’opposition, a été inhumé au cimetière de Williamsville, dans la commune d’Adjamé, à Abidjan.
Décédé le 25 septembre à Paris, à l’âge de 81 ans, il laisse derrière lui un héritage politique marqué par la rigueur dans la gestion publique, les combats pour la démocratie et une longue trajectoire entre ses deux pays. Pour cet ultime hommage, plusieurs personnalités guinéennes et ivoiriennes, des membres de sa famille, d’anciens collaborateurs, des responsables politiques et de nombreux anonymes se sont mobilisés autour de sa mémoire.
La journée a débuté sur l’esplanade de la Grande Mosquée de la Riviera Golf, où se sont retrouvés les proches du défunt, les responsables politiques et les fidèles venus assister à la levée du corps. Après la prière mortuaire, la dépouille a été conduite au cimetière de Williamsville pour l’inhumation, dans une atmosphère de recueillement et d’émotion. La cérémonie a réuni des personnalités venues de la Guinée et de la Côte d’Ivoire, témoignant du rayonnement politique et humain de l’ancien chef du gouvernement.
Parmi les personnalités guinéennes présentes figurait Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Profondément affecté par la disparition de celui avec lequel il a partagé des responsabilités gouvernementales, des alliances politiques et plusieurs années de lutte dans l’opposition, il a livré un témoignage particulièrement émouvant.
« Aujourd’hui, nous accompagnons Sidya Touré à sa dernière demeure, entouré des siens, honoré comme il le mérite, porté par les hommages de ceux qui, en Guinée et en Côte d’Ivoire, ont partagé sa vie, son combat et son amour. Je veux me souvenir de Sidya au-delà de la politique et des responsabilités qu’il a exercées : me souvenir de l’homme, de sa force de caractère, de son intelligence, de ses compétences, de ses convictions et de son leadership qui auront marqué son existence », a déclaré Cellou Dalein Diallo.
L’ancien Premier ministre a poursuivi son hommage en évoquant les épreuves traversées par Sidya Touré, notamment son éloignement de la Guinée, sans que celui-ci renonce à son attachement à son pays.
« Il aura connu le succès, les épreuves, l’exil, les désillusions et les combats. Mais jusqu’au bout, il sera demeuré profondément attaché à la Guinée et à son peuple auxquels il avait consacré tant de lui-même. Repose en paix, Premier ministre Sidya Touré. Que la terre de Côte d’Ivoire, qui t’a accueilli hier et t’accueille aujourd’hui, te soit légère. Et que le souvenir de l’homme que tu as été demeure longtemps dans nos cœurs et dans la mémoire de la Guinée et de la Côte d’Ivoire », a-t-il ajouté.
Ce témoignage prend un relief particulier au regard des relations entretenues entre les deux hommes. D’abord compagnons au sein de la classe dirigeante guinéenne, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré avaient ensuite poursuivi leurs parcours dans l’opposition. Ils avaient notamment partagé des combats politiques autour de la démocratie, des libertés publiques et de l’alternance.
Dans un précédent témoignage Cellou Dalein Diallo avait rappelé la profondeur de cette relation : « Nous avons traversé beaucoup d’épreuves ensemble. » Il avait également décrit le défunt comme un proche collaborateur et un allié politique avec lequel il avait mené plusieurs luttes au cours des deux dernières décennies.
Le Dr Ousmane Kaba, ancien ministre, député et président du Parti des démocrates pour l’espoir (PADES), figurait également parmi les personnalités guinéennes venues rendre un dernier hommage à l’ancien président de l’UFR. Sa présence, aux côtés de responsables issus d’autres sensibilités politiques, illustre la place occupée par Sidya Touré dans la vie publique guinéenne.
Papa Koly Kourouma, ancien ministre, ainsi que Cécé Loua, ancien maire de N’Zérékoré, figuraient également parmi les personnalités citées par les médias présents à Abidjan. Des représentants de l’Union des forces républicaines, le parti fondé par Sidya Touré, ont aussi pris part aux obsèques. Le rassemblement a ainsi dépassé les frontières partisanes pour réunir plusieurs générations de responsables politiques autour de la mémoire d’un homme qui aura marqué durablement l’histoire contemporaine de la Guinée.
Du côté ivoirien, la cérémonie a bénéficié d’une représentation officielle de haut niveau. Le gouvernement ivoirien était représenté par le Premier ministre Robert Beugré Mambé, entouré de membres du gouvernement, de parlementaires et de responsables institutionnels. Une délégation officielle s’était déjà rendue, la veille, au domicile mortuaire pour présenter ses condoléances à la famille du défunt.
D’autres personnalités ivoiriennes de premier plan avaient également été signalées lors de l’accueil de la dépouille à Abidjan, le 2 octobre, au pavillon présidentiel de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny. Parmi elles figuraient Kandia Camara, présidente du Sénat, Ally Coulibaly, Grand Chancelier de l’Ordre national, Adama Toungara, ancien Médiateur de la République, Amadou Coulibaly, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, ainsi que l’imam El Hadj Djiguiba Cissé, de la mosquée du Plateau. Leur présence lors de cette première étape des obsèques a témoigné de la considération accordée au défunt dans son pays de naissance et d’une histoire personnelle étroitement liée aux institutions ivoiriennes.
Ces témoignages soulignent néanmoins une dimension importante de l’héritage du défunt : sa capacité à évoluer entre deux espaces politiques et administratifs tout en conservant des attaches profondes dans chacun d’eux.
Au-delà de la cérémonie funéraire, les obsèques de Sidya Touré ont été précédées de plusieurs jours de recueillement au domicile familial, situé dans le quartier des Deux-Plateaux Vallon, à Cocody. Depuis l’arrivée de la dépouille à Abidjan, le 2 octobre, des proches, des amis, d’anciens collaborateurs et des responsables politiques se sont succédé pour présenter leurs condoléances à la famille. Parmi les délégations signalées figurait celle conduite par Cellou Dalein Diallo, accompagné de responsables de l’UFDG.
L’ancien Premier ministre guinéen Mohamed Béavogui avait également effectué une visite de condoléances à la maison mortuaire, selon les informations précédemment rapportées sur cette séquence. Ces visites ont contribué à faire du domicile familial un lieu de rassemblement et de témoignage de solidarité autour de la mémoire du disparu.
Le choix d’inhumer Sidya Touré en Côte d’Ivoire avait suscité des réactions en Guinée. Après son décès à Paris, les autorités guinéennes avaient exprimé le souhait de voir l’ancien chef du gouvernement reposer sur sa terre natale. Le Premier ministre Bah Oury avait notamment évoqué cette préférence tout en reconnaissant que la décision finale revenait à la famille.
Cette dernière a finalement retenu la Côte d’Ivoire, pays dans lequel Sidya Touré avait vécu une grande partie de sa carrière administrative et où il avait trouvé refuge au cours de ses dernières années. Son inhumation à Williamsville constitue ainsi l’aboutissement d’un parcours marqué par les liens entre deux nations, mais également par les controverses politiques qui ont accompagné la fin de sa vie publique en Guinée.
Né le 15 août 1945 à Dimbokro, en Côte d’ivoire, Sidya Touré avait construit une partie importante de sa carrière dans l’administration ivoirienne. Il avait notamment travaillé auprès d’Alassane Ouattara lorsque celui-ci était Premier ministre. En 1996, il avait été appelé en Guinée par le président Lansana Conté pour diriger le gouvernement, fonction qu’il a occupée jusqu’en 1999.
Son passage à la Primature reste associé à des réformes administratives et économiques, à des efforts d’assainissement de la gestion publique et à une volonté de rétablir certains services essentiels. Après son départ du gouvernement, il s’était progressivement imposé comme une figure majeure de l’opposition, notamment à travers l’Union des forces républicaines, dont il a assuré la présidence jusqu’à sa disparition.
Candidat aux élections présidentielles de 2010 et de 2015, Sidya Touré avait également exercé les fonctions de Haut Représentant du chef de l’État sous la présidence d’Alpha Condé. Il avait ensuite démissionné de ce poste pour reprendre sa place dans l’opposition. Son parcours aura ainsi été marqué par des périodes de collaboration avec le pouvoir, des alliances politiques et des confrontations avec les autorités successives.
Après le changement de pouvoir du 5 septembre 2021, ses relations avec les nouvelles autorités guinéennes se sont détériorées. En 2022, la récupération de sa résidence par la Direction générale du Patrimoine bâti public avait notamment contribué à son éloignement durable de la Guinée. Il avait alors vécu entre la France et la Côte d’Ivoire, avant de mourir à Paris le 25 septembre 2026, à l’âge de 81 ans.
La disparition de Sidya Touré referme ainsi un chapitre important de l’histoire politique guinéenne, sans effacer les interrogations et les débats que son parcours continue de susciter. Pour ses compagnons, il demeure un homme de convictions, un gestionnaire exigeant et un acteur de premier plan des luttes politiques de ces dernières décennies. Pour ses adversaires, il fut aussi un concurrent politique dont les choix et les alliances ont parfois nourri les controverses. Mais l’affluence observée lors des hommages et la diversité des personnalités présentes traduisent la place singulière qu’il occupait dans la vie publique.
Au cimetière de Williamsville, l’ancien Premier ministre a désormais rejoint sa dernière demeure, loin de Conakry, mais dans un pays auquel il était profondément lié. Entre émotion, reconnaissance et mémoire politique, les hommages rendus à Sidya Touré auront rappelé que son histoire ne se limite ni à ses fonctions gouvernementales ni à ses combats partisans.
Elle s’inscrit également dans celle des relations entre la Guinée et la Côte d’Ivoire, deux pays auxquels son itinéraire personnel et professionnel l’aura durablement rattaché.
Investigatorguinee
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