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Exportation de courant, sort du bateau Turc : Les explications d’Aboubacar Camara, ministre de l’Energie…

CONAKRY-Il y a moins cinq mois les populations Conakry étaient confrontées à une crise énergétique sans précédent. Dans de nombreux quartiers et dans certaines villes de l’intérieur, les réclamations avaient donné lieu à des manifestations parfois réprimées dans le sang. Désormais, la donne a changé. L’abondance des pluies a rempli les barrages Souapiti et Kaléta. Le ministre de l’Énergie, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures annonce que la Guinée est désormais exportatrice d’électricité. Dans une interview accordée à Africaguinee.com, Aboubacar Camara explique comment on en est là. Il revient également sur le sort du bateau turc.

AFRICAGUINEE.COM : Au terme de votre visite à Souapiti et Kaléta, vous avez annoncé que la Guinée exporte de l’électricité. Explquez-nous comment en est-on arrivé là ?

Aboubacar Camara : Imaginez. Vous avez un seau d’eau chez vous, mais que n’avez qu’un petit verre pour en boire. Quand le seau est rempli à ras bord, même si vous avez soif, vous ne pouvez pas tout boire d’un coup. Parce que vous disposez d’un verre trop petit. Je vous donne cette image pour expliquer le rapport entre les lignes de transport et la distribution interne.

Ce qui va se passer, c’est que l’eau va commencer à déborder. C’est exactement ce qui se passe avec nos barrages de Souapiti et Kaleta. L’eau est à un niveau tellement élevé que le barrage est obligé de “déverser”, sinon tout déborde. Nous avons mis en place un plan de gestion pour éviter le scénario de crise que nous avons connu.

Maintenant, au lieu de laisser cette eau se perdre, vous décidez de la vendre à vos voisins qui, eux, ont des grands verres et peuvent en profiter. C’est exactement ce que fait la Guinée avec l’énergie : on a plus d’électricité que ce qu’on peut utiliser ici parce que nos “verres” (lignes de transport et de distribution) sont trop petits pour toute cette énergie. Nos lignes de transport et de distribution ne permettent pas de transporter vers nos villes qui en ont besoin.

Qu’est ce qui faut faire ? Plutôt que de la laisser se perdre bêtement, on la vend à nos voisins (comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire), qui eux, ont des systèmes plus grands pour l’utiliser.

La Guinée engrange-t-elle des bénéfices à travers cette exportation d’électricité ?

C’est une simple question d’économie d’échelle : il vaut mieux se faire de l’argent avec ce surplus d’électricité que de le laisser se “déverser” inutilement.

Cela ne veut pas dire que vous avez résolu tous vos problèmes chez vous, mais au moins, vous ne perdez pas tout ce que vous avez en surplus. Avec cette analogie simple, les gens devraient comprendre que l’exportation d’énergie est une manière intelligente de gérer le surplus, même si le pays a encore des défis internes à relever.

Ah oui j’allais oublier que va t’il se passer en mars avril ? Le plan de production est établi sur l’année prochaine et à date nos prévisions n’envisagent aucun délestage. Des pannes techniques ? Oui il y en aura à cause de l’état vétuste du réseau. Et va-t-on continuer à vendre aux pays voisins continuellement ? Oh non c’est notre souhait si c’était faisable mais tant que l’eau déverse on va utiliser ce surplus pour en faire de l’économie et cela aide à payer le bateau thermique en plus et réduit les coûts d’exploitation.

Il faut retenir qu’entre janvier, mars et avril les demandes d’énergie vont augmenter. La demande a baissé actuellement à cause de la saison des pluies avec la fraîcheur et tout ce qui s’en suit. C’est paradoxal tout ça ? Non pas du tout !

Il y a eu un travail de fond pour en arriver là. L’eau a été gérée intelligemment, la crise nous a permis d’avoir une meilleure analyse de la situation. C’est quoi le risque de se retrouver dans une situation de délestage futur ? Le seul risque c’est quand le taux de recouvrement reste maintenu comme tel, si les gens continuent à être au forfait, si les gens ne payent pas leurs factures.

Quel sera le sort du bateau turc qui avait été envoyé pour combler le manque courant lorsque pendant l’étiage ?

Hier (mardi, ndlr) il y a eu une coupure en ville et on vend de l’énergie aux pays voisins ! Ah oui ! c’est quoi le rapport entre une panne d’électricité et un export ? Il y aura des pannes parce que le réseau est vétuste. Il faut payer les factures pour les entretenir. Le bateau est toujours là.

Vendre de l’électricité ne signifie pas que le bateau n’a pas son rôle. La demande à la pointe est de 670 voire 700 mégawatts, peut-être l’année prochaine. A l’arrivée du bateau la demande était de 680 mégawatts à la pointe et le barrage fournissait 150 mégawatts.

Aujourd’hui le barrage fournit 450 voire 600 mais la demande oscille autour de 450 pour l’ensemble du réseau interconnecté Guinéen. Cette baisse de la demande n’est que temporaire et va tout de suite grimper après deux mois. En attendant nous avons mis en veille toutes les centrales thermiques de EDG, ce qui nous fait une économie, une entrée de devise pour le secteur momentanément.  Pourquoi ne pas être fier de ces résultats. C’est le fruit d’un travail collectif.

L’autre défi, c’est le paiement des factures. Maintenant que la desserte est régulière, qu’est -ce qui sera fait pour un recouvrement intégral des impayés ?

Ces efforts ne seront maintenus que si les gens s’acquittent de leur devoir. C’est trop facile de crier sur les réseaux on n’a pas de courant on n’a pas de courant. Mais pour la plupart des consommateurs, il s’agit des forfaits ou des arrangements avec les agents de zone, il faut sortir de cela. Nous voulons le développement comme les pays que nous prenons pour exemple. Mais eux n’ont pas atteint ce niveau à travers des lamentations sur les réseaux sociaux, ils ont travaillé, ils ont accompagné les pouvoirs publics pour en arriver à l’état. Chacun doit se sentir responsable de la gestion des choses publiques. Il s’agit de l’argent du contribuable.

90% des ampoules restent allumées pendant la journée comme si on éclairait le soleil. Et cela a un coût, ces montants sont payés majoritairement par l’État. C’est l’argent de tout le monde qu’on engage dans l’irresponsabilité collective. Des fonds qui peuvent être alloués à d’autres secteurs tels l’éducation, la santé et le sport. En 2023, on a dépensé près de 2022 : 3 478 658 127 239 GNF en termes de subvention ce qui fait presque 350 millions de dollars. L’état dépense 350 millions de dollars uniquement pour payer l’énergie, le carburant et tout le reste qui va avec.

Source:Africaguinee

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