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Liberia: bilan mitigé de George Weah, contraint à un second tour très indécis

Les électeurs retourneront aux urnes en novembre pour choisir leur futur président, soit reconduire le sortant George Weah, ancienne star du football, soit opter pour le changement en élisant Joseph Boakai. Au terme du premier tour du scrutin présidentiel, le 10 octobre, les résultats provisoires sont très serrés : 43,8% pour George Weah, 43,4% pour Joseph Boakai.

En 2017, George Weah avait devancé de 9 points Joseph Boakai qui était le vice-président sortant, sous Ellen Jonhson Sirleaf. Weah avait ensuite largement gagné au second tour, recueillant plus de 60% des voix. Cette année, la victoire du président Weah est loin d’être assurée. Cela témoigne d’une appréciation fort mitigée de son bilan à la tête de l’État alors qu’il avait suscité l’engouement des jeunes et plus généralement des classes populaires.

Au-delà des résultats économiques et sociaux difficiles à obtenir en six ans, Weah n’a pas incarné une pratique sobre et exemplaire du pouvoir. Il avait passé 48 jours hors de son pays en 2022, dont une bonne partie au Qatar pendant la Coupe du monde pour soutenir son fils Timothy, footballeur professionnel jouant pour l’équipe nationale des États-Unis. Même s’il avait mis en avant les autres étapes de son périple et l’intérêt qu’elles représentaient pour son pays, des centaines de personnes avaient manifesté fin décembre à Monrovia, protestant contre un président absent dans un contexte de forte inflation et de souffrances économiques pour les populations.

Face à Weah, Joseph Boakai a une longue expérience de l’État à faire valoir. Il a été vice-président pendant 12 ans. Mais Boakai a 79 ans, 22 ans de plus que George Weah, qui en a 57 ans. Dans un pays où l’âge médian est de 18 ans et demi, Boakai peut avoir du mal à convaincre le jeune électorat.

Vous profitez de cette actualité électorale pour vous intéresser à la situation du Liberia dans différents domaines.

Oui, depuis 2015, à l’occasion des élections présidentielles dans tous les pays d’Afrique de l’Ouest, nous présentons une sélection de documents mais aussi les candidats aux élections présidentielles et leurs programmes, lorsqu’on les trouve. Cet exercice me semble particulièrement utile pour les pays qui font rarement l’actualité sauf en cas de catastrophes. Le Liberia fait partie des pays les moins peuplés de la région, avec 5,4 millions d’habitants estimés en 2023. Depuis qu’il a tourné la page de la guerre civile il y a maintenant 20 ans, on n’en a plus reparlé que pendant la grave crise sanitaire d’Ebola en 2014-2015, qui avait également touché la Sierra Leone et la Guinée.

Le Liberia reste un pays à très faible revenu. Plus de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté, la pauvreté est deux fois plus élevée dans les zones rurales. Il dépend fortement de l’aide étrangère, des envois de fonds de la diaspora et de l’exploitation des ressources naturelles brutes. Le Liberia ne manque pas d’eau, de ressources minérales, et dispose de forêts et d’un climat favorable à l’agriculture. Il exporte du fer, du caoutchouc, des diamants, de l’or et de plus en plus de l’huile de palme et du cacao. Les infrastructures restent très peu développées. 45% seulement de la population peut accéder à une route praticable en toute saison dans un rayon de 5 km. L’accès à l’électricité est estimé à 19,3 % au niveau national, 32% dans les zones urbaines et seulement 1,4% dans les zones rurales.

Le pays pourrait profiter de liens économiques plus forts avec les pays voisins.

Oui, je me souviens avoir recommandé en décembre 2011, dans un rapport de l’International Crisis Group sur la Côte d’Ivoire, la mise en place d’un espace de codéveloppement comprenant l’Ouest ivoirien et l’Est libérien, des régions particulièrement dévastées par les conflits armés respectifs dans ces deux pays. Alassane Ouattara qui venait d’arriver au pouvoir en Côte d’Ivoire et Ellen Johnson Sirleaf qui présidait alors le Liberia, bénéficiant tous les deux d’un soutien financier international important, auraient sans doute pu porter une telle ambition et donner une forte impulsion au développement des zones frontalières enclavées par l’absence d’infrastructures. Cela ne s’est pas fait. Avec ou sans George Weah à la tête du Liberia, il faut espérer voir émerger une véritable dynamique d’intégration économique entre le Liberia, la Sierra Leone, la Guinée et la Côte d’Ivoire.

rfi

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