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Au Liberia, des élections pour consolider une démocratie fragile

Les électeurs libériens sont appelés aux urnes ce mardi 10 octobre. Ils renouvèlent leur parlement, une partie de leur Sénat, mais surtout ils choisissent leur président. Le chef de l’État sortant, George Weah, affronte 19 autres candidats. Principal enjeu, la paix, dans un pays traumatisé par une décénie de guerre civile.

« Nous sommes préoccupés par les cas signalés de violences liées aux élections, l’utilisation d’un langage pouvant verser dans un discours de haine et les attaques contre des journalistes au Liberia« . À une semaine des élections, ce mardi 3 octobre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux Droits de l’homme publie un communiqué alarmiste.

L’organisation rappelle qu’au cours de la campagne entamée le 5 août, au moins deux militants ont été tués dans des violences. Des affrontements meurtriers se sont notamment produits entre des soutiens des deux principaux partis politiques, Unité (opposition) et la Coalition pour le changement démocratique (CDC, au pouvoir). C’était le 29 septembre dernier dans le comté de Lofa, dans le nord-ouest du pays. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme évoque aussi des faits de violence électorale dans trois autres comtés et appelle “toutes les parties à renoncer à toute incitation à la haine ou effusion de sang”.

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En avril 2023, les principaux partis politiques libériens s’étaient engagés à s’abstenir de toute violence et à recourir aux institutions judiciaires en cas de conflits électoraux avant ou après les scrutins du 10 octobre.

Des précautions qui illustrent le traumatisme encore très présent dans un pays marqué par deux guerres civiles consécutives. Entre 1989 à 2003, plus de 250.000 personnes sont mortes dans des violences dont les récits dépassent l’entendement. Les enfants-soldats drogués de Monrovia sont restés dans tous les esprits. La mise à mort en 1990 et le corps supplicié du dictateur Samuel Doe aussi.

Le principal responsable de ces violences, l’ancien président Charles Taylor (1997-2003), est aujourd’hui dans une prison britannique où il devrait y rester jusqu’à la fin de ses jours. Mais certains acteurs de cette guerre sanglante occupent toujours des postes politiques influents. C’est le cas du l’ancien chef de guerre Prince Johnson. L’Agence France-Presse rappelle qu’une vidéo le montra en train de siroter une bière pendant que ses hommes torturaient Samuel Doe à mort. Prince Johnson est toujours sénateur aujourd’hui et, à 71 ans, il a noué une alliance avec Joseph Boakai, ancien vice-président (2006-2018), l’un des favoris de la présidentielle. Il a menacé d’une révolte populaire si le parti au pouvoir manipulait les élections. Peu après, le candidat Boakai a laissé entendre que ce serait « la fin de ce pays » si l’élection était volée.

Joseph Boakai chef de l'opposition au Liberia

Joseph Boaka, le leader de l’opposition libérienne et candidat à la présidentielle du 10 octobre, lors d’un meeting à Monrovia le 17 septembre 2023.

Reuters/Carielle Doe

Joseph Boakai n’est pas un “petit candidat”. En 2017, il s’était hissé au second tour face à George Weah. L’ancienne gloire du football l’avait finalement emportée. Cette année, il se présente à sa propre succession, avec pour colistière sa déjà vice-présidente, Jewel Howard-Taylor, ex-épouse de l’ancien président Charles Taylor.

Outre Boakai et Weah, 18 candidats sont en lice, dont deux sont également parmi les favoris : l’homme d’affaires et chef de parti Alexander Cummings et l’avocat défenseur des droits humains Taiwan Gongloe.

Elections générales

Ce mardi 10 octobre, les 2,4 millions d’électeurs ne se contentent pas de choisir leur président. Ils renouvèlent également les 73 députés du Parlement et la moitié des 30 sénateurs. Le Sénat sera dirigé, de fait, par le ou la vice-président.e issu.e du ticket présidentiel.

Des défis multiples

Lorsqu’il est élu il y a six ans, George Weah inonde le Liberia de promesses et d’engagements. Sa prédécesseure, Ellen Johnson Sirleaf, au pouvoir depuis 2006, lui a légué une économie dans un état catastrophique avec, en particulier, une monnaie, le dollar libérien, au plus bas.

Celui qui, depuis 1995, reste le seul Africain à avoir décroché le Ballon d’or s’engage alors à lutter contre la corruption endémique (le Liberia est 142e sur 180 dans le classement de Transparency International). Il a également promis des emplois et des investissements dans l’éducation. Un mandat plus tard, de nombreux espoirs ont été déçus. La moitié des cinq millions d’habitants vit avec moins de 1,9 dollars par jour. Quels espoirs donner à une population majoritairement jeune ? Plus d’un Libérien sur six a moins de 25 ans.

Lorsque Weah, 56 ans, annonce sa candidature au début de l’année 2023, le quotidien français Ouest France détaille les sujets de crispation autour de la personne du président, rappelant notamment que, dans un contexte économique très sombre, « le fait de s’être éloigné du pays pendant quarante-huit jours, fin 2022, entre sommets internationaux et détour par la Coupe du monde au Qatar pour soutenir son fils footballeur (de l’équipe des États-Unis), a aussi donné du grain à moudre à ses détracteurs”. Si en 2017, son élection ne faisait guère de doutes, sa réélection en 2023 semble moins évidente.

Manif à Monrovia contre les absences de Weah

En décembre 2022, à Monrovia, des manifestants protestent contre les mesures économiques mais aussi contre les absences prolongées du président George Weah.

Reuters/Carielle Doe
afp/tv5

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